PRÉSENTATION DE L'ACTIVITÉ

 

 

Comment a-t-on travaillé ?

La somme qui va vous être présentée au travers de cet ouvrage est le résultat de trois années de travail d’un groupe de recherche-action animé par Marielle Rispail, enseignante-chercheuse à l’IUFM de Nice. Ce groupe a bien évidemment évolué durant ces trois années, autour d’enseignants du Var et des Alpes-Maritimes. Nous venions d’horizons différents mais nous avions en commun un questionnement sur la façon d’enseigner l’oral dans nos classes ou ailleurs : peut-on enseigner l’oral ? et comment ? que font les maîtres dans leur classe ? dans quel rapport avec l’écrit ? Notre recherche-action s’est donc appelée : « Développer les compétences orales des élèves ? » (notez le point d’interrogation) et elle s’est déroulée de 2001 à 2003.
Nous nous sommes retrouvés une fois par trimestre afin d’abord de délimiter notre champ d’investigation, à coups de lectures mises en commun et de discussions, ensuite pour faire avancer nos pratiques, mais aussi nos regards sur la théorie grâce aux apports d’intervenants extérieurs (Frédéric François, Joaquim Dolz) et de nombreux échanges entre nous. Se sont ainsi constitués peu à peu de petits pôles géographiques afin d’avancer plus concrètement entre chaque rencontre ; et nous avons essayé de travailler autant que possible en doublette, l’un venant observer l’autre (parfois le filmer ou l’enregistrer) dans sa classe. Le deuxième temps de notre travail s’est essentiellement axé sur la collecte, l’organisation et la réflexion autour des pratiques que nous mettions en place et des enregistrements que nous avions effectués. Il faut savoir que les allers-retours entre théorie et pratique, pratique et théorie, ont été constants. Nous avions peu à peu, tout en conservant la diversité de nos pratiques, fixé notre attention sur deux axes privilégiés : savoir se présenter, savoir discuter, choix discutables car arbitraires, mais nécessaires car ils nous permettaient de comparer, échanger, évaluer. Ces deux axes représentaient les deux pistes de travail des compétences orales : le fait de savoir parler seul (oral monologal, disent les spécialistes) et parler avec les autres (oral dialogal).
Nos rencontres étaient toujours très attendues car sources de débats, d’échanges, d’idées et de convivialité. Pour arriver jusqu’ici, il a fallu dans un troisième temps ordonner, trier, rassembler pour aboutir à ce que vous allez lire. Enfin, et ce ne fut ni le plus simple ni le plus aisé, nous avons dû mettre en mots, écrire tout ce que nous avions retenu.

À quoi a-t-on abouti ?

Nous aurions pu poursuivre le travail de collecte et de mise en situations durant longtemps encore dans nos classes, mais il a bien fallu, à un moment, arrêter. Cela afin d’analyser, de mettre en forme, d’accrocher les wagons entre eux et d’y atteler une « locomotive théorique » qui nous satisfasse tous. Il n’en reste pas moins que nous continuons, peut-être malgré nous à présent, d’expérimenter, de nous questionner et d’interroger la pratique de l’oral dans nos classes. Nous aimerions que cela produise le même effet auprès de vous, lecteurs.
Forts des apports théoriques que nous avions reçus, nous avons cherché à ne pas vous « endormir » avec des considérations dogmatiques et pesantes. Il fallait cependant que les activités choisies puis décrites prennent tout leur sens à vos yeux, dans les racines théoriques qui nous avaient guidés. C’est pourquoi vous trouverez dans un même texte théorie et pratique réunies, dans la partie consacrée à l’oral dans la classe. Il ne s’agissait pas pour nous de donner un bréviaire de notre travail qui pourrait faire croire que nos pratiques sont une référence qu’il suffirait de reproduire. L’oral, sans doute plus encore que d’autres apprentissages scolaires, s’enracine dans l’expérience unique d’une classe donnée, et s’inscrit dans le vécu et les projets de cette classe. Il y a là une interaction foisonnante entre pratiques orales et vie de la classe.
C’est pourquoi nous avons filmé des séances et des ateliers qui sont signalés dans l’ouvrage par le pictogramme . Vous trouverez ces vidéos en ligne sur ce site.
En triant, rangeant, en voulant ordonner nos expériences d’enseignement, plusieurs domaines de réflexion et d’action nous sont apparus. Ils ont guidé notre écriture comme ils guideront votre lecture.
Nous tenterons d’abord une définition de l’oral (première partie). Il semble qu’il soit créateur de la culture partagée (chapitre 1) d’une communauté (la classe), en même temps qu’il est un objet d’enseignement et d’apprentissage (chapitres 2 et 3). L’analyse du rôle qu’y jouent ses deux principaux acteurs, le maître et les élèves, débouchera sur des propositions d’évaluation (deuxième partie) et sur la présentation d’un « comment faire ? » (troisième partie) qui, parce qu’elle prend le risque du concret, est indispensable.
Une autre section (quatrième partie) proposera ensuite des fiches de travail, construites et commentées par notre équipe, pour garder la mémoire de nos pratiques, les formaliser et les mettre à votre disposition. Nous garderons pour la fin l’idée que l’oral soit plus qu’un outil ou qu’un simple apprentissage. Il peut représenter un réel projet pour la classe : un projet de vie, d’être et de travailler ensemble. Voici ce que nous exposerons dans les dernières pages de cet ouvrage (cinquième partie).
Pour plus d’informations sur les programmes, rendez-vous sur le site d’Eduscol : http://eduscol.education.fr/D0048/primprog.htm

Un livre, mais quel livre ?

Comme nous l’avons dit précédemment, nous ne voulions pas produire un ouvrage théorique sur la pratique de l’oral. Il en existe d’excellents. Il s’agit plutôt d’un ouvrage « clinique » sur l’oral, puisque la praxis a donné naissance à une réflexion qui est ensuite allée s’alimenter de lectures et théories pour mieux revenir au terrain. C’est notre expérience, notre envie et notre désir de pratiquer l’oral, que nous aimerions vous communiquer à travers ces pages…ꆱ